La mer Caspienne, le dernier berceau des esturgeons

La mer Caspienne et la mer Noire ont toujours abrité le plus grand nombre d’esturgeons. Jusqu’à la fin des années 1980, leur exploitation dans la Caspienne était rigoureusement encadrée par les gouvernements soviétique et iranien, qui tentaient de concilier production et préservation face au déclin des populations.

À cette époque, le Prodintorg soviétique — organisme chargé de la production et de l’exportation du caviar russe — et son équivalent iranien, le Shilat, avaient mis en œuvre un ambitieux programme de reproduction artificielle. Des millions d’alevins issus de fécondations in vitro étaient ainsi relâchés chaque année dans les eaux de la Caspienne, dans l’espoir de restaurer les stocks.

Mais ces efforts n’ont pas suffi... Le coup de grâce, que personne n’avait anticipé, survint en 1991, avec l’éclatement de l’URSS et l’émergence de quinze États indépendants souverains, dont la Russie.

Le caviar sauvage vivait ses dernières heures de gloire. Les pays riverains de la mer Caspienne (Azerbaïdjan, Kazakhstan, Turkménistan) se lancèrent dans une exploitation effrénée des esturgeons, accélérant la disparition progressive de l’espèce.

Surpêche et pollution : la double peine

La surpêche n’est pas seule responsable de ce désastre : la pollution a également joué son rôle dans l’extinction de l’espèce.

Comble de malchance, on dit aussi qu’une micro-méduse américaine serait arrivée en Mer Caspienne et aurait menacé le kilka, ce petit poisson de la famille des harengs qui constitue la base de l’alimentation des esturgeons.

L'esturgeon, protégé depuis 1998 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages (CITES), est menacé d’extinction.

Malgré l’instauration de quotas de pêches entre 1998 et 2008, les efforts de régulation n’ont pas permis de repeupler la Mer. Face à l’effondrement de ses populations, la pêche est finalement interdite en 2008. Pour la première fois dans l’histoire du caviar, aucun des pays traditionnellement producteurs ne peut désormais exporter de caviar.

C’est la fin du caviar sauvage.

Le saviez-vous ? Depuis plus de 15 ans, le marché du caviar d’élevage est sous haute protection. Toutes les espèces d’esturgeons sont protégées par la CITES, une convention qui impose une réglementation stricte du commerce international du caviar. Cette convention, appelée également « Convention de Washington », indique que chaque État signataire est responsable de faire appliquer les règles de préservation des espèces protégées, dont fait partie l’esturgeon. En France, c’est le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie qui est chargé de veiller à l’application de la réglementation. Toute vente de caviar aux professionnels doit être déclarée, y compris les achats des particuliers voyageant à l’étranger.